Paysages d'un envers venteux
Extrait de la série "Paysages d'un envers venteux"
regarde posément le calme des paysages
côtes rochers forêts
villes villages ports champs
pêcheurs paysans marchands
vies essentielles d'échanges
de graines de poissons
regarde fixement
ce regard ne ment pas
en vérité il file juste derrière
derrière l'opacité des évidences
sa main dans le visible écarte
tâtonne fouille de faisceau en faisceau
gratte des vibrations nouvelles
en fait sonner les cordes
il est des lieux éloignés du commun
où les images tordent les mots trop faciles
visent des couplets plus secrets
où la lumière connait le plus profond des choses
quand son sens tout en vapeur tourne et se dilate
alors regarde attends
la venue transportée d'un caché bien présent
du souffle qui signe son existence
fonde et tisse une réalité lourde
avec la transpiration du ciel
les frissons apposés à la face des maisons
la botanique tremblante des feuilles
et la dynamique égratignée des roches
un monde profond qui tient et détient le monde
cette vérité est un envers fuyant
un socle lentement poli d'expériences amoncelées
découvre ainsi ce qui fait vivre mourir
et la qualité première des paysages
leurs identités d'univers de lutte
griffées découpées parfois dispersées hachées
par vents et marées
mais avec de la force dans chaque incision
chaque blessure balafre
un inventaire de la résistance
l'épreuve toujours recommencée de la rudesse
c'est cela qui porte pèse au delà du visible
un vécu opiniâtre un présent
aux savoirs tapis dans les roches et les herbes
dans les abris les bateaux
sa main ferme posée sur les mémoires les récits
avec aussi l'avenir au profond de la clairvoyance
comme il est déjà au profond du paysage
tout ce qui se dessine dans le sombre des courants
dans le vol venté des morsures
l'effritement l'usure l'effondrement
les côtes les champs
les vagues armées sur les navires
tout un effacement une dispersion
malgré les efforts les volontés
dans le temps qui marche au pas
sans se perdre
qui s'engouffre partout en hurlant
des paroles de mer et de vent sur le monde
présences aussi envahissantes dans tous les esprits
Paysages d'un envers venteux
Les photographies ont été réalisées en 2026 en Bretagne et en Cornouailles anglaise (Penzance et Mevagissey essentiellement)
d'abord l'effacement
le retour des éléments fondus
la fièvre de l'écume
qui se joue de l'horizon
dans le souffle de la mer
la nage survoltée du vent
l'effacement et le soulèvement
une déferlante spirale en recherche de terre
griffes pantelantes et leur poison salé
pour les rives couchées la face sur le sable
leurs pensées resserrées autour de la prière
le vertige de la vie fuyant de toutes mains
Paysages d'un envers venteux
les îles sur le vent
étirent le regard
trajectoire lancée par dessus le visible
une trouée d'horizon en est le point ultime
pointillés des grandes courses
des lignes creusées où transite les avenirs possibles
la mer semble une main qui s'ouvre et puis se ferme
un délié de doigts où s'emmêle le vent
le souffle le voyage me porte
et j'entrevois d'un coup
les spasmes la force de l'univers entier
Paysages d'un envers venteux
à la proue du paysage
les falaises entêtées
la mer
le face-à-face dur sème là un vertige
un sentiment de chute qui course les rétines
impose vision après vision des troubles brouillardeux
des avenirs perdus où s'engouffre le monde
la vue retournée fichée dans le cerveau
susurre grande lame en avant
le délitement d'un organique déjà agonisant
tout un anéantissement qui suit la boursouflure de l'eau
le déferlement de l'acide surchauffé de la mer
Paysages d'un envers venteux
le paysage glisse sous le vent
les saisons jetées au sol
emmêlent leurs repères
se groupent se lient
s'harnachent de résistance
elles vivent au fond de tout de tous
de sable et de vapeur d'algues
de bulles salées et d'espoirs flottés
elles vivent à moitié closes
à moitié mortes
boules centrées sur leurs regards aveugles
avec en leur milieu
l'étincelle la possible flamme
le ressort endurant d'un rythme à reprendre
le vent ne sait pas tout
il trébuche parfois de trop vouloir en faire
les pieds pris dans une fragilité de terre batailleuse
le souffle soudainement coupé
noué et vivement retourné
le soulèvement du sensible mortel
est l'envoyé d'un désespoir qui
sait mordre jusqu'à sa propre déchirure
/image%2F1212537%2F20261023%2Fob_485dfc_04-mg-9307-modifie-1.jpg)
/image%2F1212537%2F20261023%2Fob_be1f6b_05-mg-9321-modifie-1.jpg)