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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

"Horizons embarqués" se présente sous la forme d'un journal dont les différents textes traitent d'impressions diverses éprouvées en bord de mer.
Les émotions ressenties, l'imagination, l'onirisme, la mémoire et le sens du voyage y jouent les rôles clés le long des côtes françaises atlantiques et méditerranéennes. Cette série appartient donc au sixième groupe de séries.
                         
En parallèle à ces écrits sont présentées des photographies prises elles aussi le long des rivages marins.  
Si écrits et photos se rejoignent principalement pour traiter du sable et de l'eau, ils ne sont pourtant pas nés majoritairement dans des endroits communs. Le contact avec la mer, l'océan et leur univers côtier a en effet impliqué non deux visions et deux ressentis différents mais a imposé deux moyens d'expression complémentaires, l'un excluant l'autre à chaque fois ; le choix d'écrire ou de photographier s'étant proposé de lui-même selon ma disponibilité, mon désir de décrire et de développer ou bien celui de traduire les images, leur impact et leur traduction par des images personnelles.  
S'il y a quand même des circonstances, où l'écrit et la photo ont pris naissance dans un même lieu et se réfèrent aux mêmes signes vus, ils divergent dans ces cas-là par la date de leur naissance. Un rapprochement qui exclut encore la concomitance de leur naissance et insiste de façon accentuée sur les différences de parcours et de démarche que représentent les deux langages bien distincts que sont l'écriture et la photographie. Même s'ils souhaitent tous deux mettre en forme des ressentis émotionnels semblables. 

La série Horizons embarqués est intégralement publiée sous forme de carnet 25x20cm, 60p, 20 photographies, 23 textes. Edition limitée, chaque ouvrage est numéroté.

Vous pouvez le commander en me contactant à l'adresse mail jlbec@orange.fr ou par les messageries de FaceBook (compte Jean-Louis Bec) ou d'Instagram (compte @becjeanlouis).

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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

Horizons embarqués (courts extraits des textes et de la série photographique)

Les photographies ont été réalisées de 1993 à 2025

Horizons embarqués

Avril,Golfe de Gascogne

Le matin s'ouvre, s'étire, se déploie.

Un vol de lumière vive gagne le lointain, choisit un horizon, se pose sur la mer dont un peu de bave sur le bord souligne le calme du sommeil.

Je la contemple de haut, droit sur la dune, dans l'attente de l'instant précis de son éveil, quand éblouie par un rayon plus taquin que les autres, elle brille soudain par endroit d'un bleu clair de pupille, surprise mais décidée à regarder le monde.

La mer ainsi agrandie par de grands yeux de lumière. Yeux de pleine mer et de pleine beauté.

Il y a en eux une puissance qui entraîne, séduit, m'emporterait si je laissais faire, si je me laissais faire. L'emprise de l'immensité, l'arrachement, l'envolée. Je résiste.

Goûter la beauté demande la résistance, la mise à distance, le renoncement partiel.

Alors je feins, je limite. La beauté frappe, frappe à tout ce que je suis, souhaite être, mais je ne lui réponds qu'à moitié, arcbouté sur mes perceptions et mes sensations premières, tenant mon esprit fermé à-demi comme un volet par un jour de grand soleil, par refus de l'éblouissement ; uneprécaution à laquelle je m'applique devant la mer et ses tons d'amoureuse.

Le regard effleure, note sans s'attarder, aspire mais souffle aussitôt. Il ne pense pas le regard, il s'étonne un peu, se laisse parfois saisir mais s'échappe, glisse, éprouve un contentement qui jouit du spontané pour sa légèreté et il file d'une image à une autre, sans question, sans se retourner, sans véritablement choisir où aller, avec un sourire qui est aussi bien un hommage rapide à la beauté de la mer qu'un barrage à tout ce qu'elle représente. Et je maintiens cela avec force, pour que la mer demeure toute en surface, qu'elle reste cette lumière qui rebondit sur un miroir, ne creuse rien en moi et me laisse en paix.

Je goûte ainsi sa beauté avec la plus grande neutralité possible, en saisit un semblant de valeur absolue en quelque sorte. Une beauté simple et forte de couleurs changeantes et d'éveil de l'eau, de senteurs et de scintillements légèrement déferlants. Une beauté unissant le calme au grandiose, la délicatesse à l'infini, avec peut-être en filigrane, dans chaque reflet, chaque brin d'eau aussi léger soit-il, l'intuition lointaine de la puissance assoupie d'une force démesurée. Pas plus, s'en tenir là, ne laisser circuler en moi que ces sensations-là, sans en vouloir davantage, marée, profondeur, écume, ou musique marine et fraîcheur du vent. Non, pour l'instant, je souhaite la mer toute simple, toute belle, laissée presque en bordure de moi-même, rendue partiellement inaccessible, avec juste le sens d'une réalité sensible, mais mesurée.

Tout ceci aussi pour cultiver la montée lente du désir de lui céder, de l'accueillir jusqu'à l'abandon. Parce qu'à force, à force de me trouver là, face à la mer, au sable, au ciel, je sais que mes yeux, ma peau et mes autres sens, gagneront en perméabilité, deviendront franchissables, trop sensibles pour résister davantage, trop aiguisés à la longue pour une quelconque défense. Je sais que le moment viendra où la rencontre réelle s'effectuera, où le seuil de la perception de la seule beauté de surface sera bousculé, dépassé. Je le sais, je suis préparé à cela, décidé à accepter cela, à l'attendre même et à accueillir pleinement la mer au bout du dépassement sensoriel, dans un éclatement du moi, un emballement fort pour approcher la jouissance et la mort, une fusion jusqu'à la dispersion au sein d'un vent d'écume.

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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

Horizons embarqués
Horizons embarqués

(...)

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Mai, Manche

Sur la plage, je perçois la trame des chocs de lumière, la pesanteur tenace et savante de quelques pierres, la vie clandestine, disséminées en grains.

J'entends chuchoter les nodules froids où se terrent les eaux, l'impatience future des cornes de la vague.

Je sens, je devine. Je ne sais rien mais j'imagine.

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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

Horizons embarqués

Juin, Manche

Je cherche l'horizon et en piste la trace.

La ligne recule, me jette au visage l'eau de larges plans souples et ondulants, des bouts de course et des creux de mouvance, des secousses et frissons de surface sensible.

La ligne recule et je songe maintenant, dans de grandes étendues d'images, à un parcours, un glissement au bout duquel, saisi par l'attrait d'une émotion volontaire, immensément sensorielle, sensuelle, je me pose en surface de l'eau avec délicatesse, flottant et attentif, tous les sens dispersés au hasard de la houle mais prêts à être rassemblés, boule vibrante, condensé d'un soi-même oscillant en un long appel à la mer.

Il m'est simple de penser à cela, à cette rencontre, cette convergence, à cet accompagnement modeste de la mer, la main caressante tendue vers l'aquatique ; simple de me glisser dans la peau miroir de l'échange, sans bruit, sans vague, l'avancée sûre.

Un discours, un murmure, se tient là à flot, une parole avance sur des mots chuchoteurs pour mieux s'entendre et se tenir serrés...

La mer entière pour un horizon oublié.

Mais, en vérité, rien ne peut être vraiment ainsi.

Ma solitude du moment ne permet pas cela, car, à la regarder en face, elle ne possède rien de vraiment horizontal. Même devant la mer, sa grande complice, surtout devant la mer étendue et lumineuse.

Cette solitude-là, au contraire, présente une verticalité absolue ; elle est un vertige, une profondeur, une altitude, l'ombre d'une chute, un repli, une extension, un défi épaulé par la crainte. Elle espère la hauteur quand elle racle le fond, frémit dans son doute en se trouvant trop haut.

Ma solitude ne glisse pas, elle troue, perfore, déchire, se déchire, à grand bruit de morsure et de lacération. Arc et flèche, parfois, toujours, cible d'elle-même dans l'envol.

"Seul" se concentre en quatre lettres pour l'élan rapide, pour le saut et la nage verticale, la chute, l'enfouissement, la recherche souterraine et l'espoir allumé, la traversée et le soulagement, le calme et les péripéties, le début et la fin, la vie et la mort.

Le mot écrase tout, élève tout, biffe la surface, tenaille les entrailles. Sans rien lâcher sauf la face plane de la mer profonde.

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