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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

Août, Golfe de Gascogne

Et la nuit ?

La question se pose au cœur de la lumière, dans le miroitement qui lisse la surface de la mer jusqu'à l'aveuglement, quand l'œil entravé cligne, s'obscurcit et bat en vain des cils.

C'est dans ces moments-là, quand il se veine de sombre, que des cristaux de nuit approchent le cristallin. Un noir marin implante là ses germes, sa densité, son concentré de particules obscures.

La mer, par sa voie de lumière, renvoie ainsi indubitablement à la nuit et par delà au sombre, à l'obscur, à l'étrange et à l'inquiétude.

Mais ce n'est pas le seul chemin.

La mer dilue aussi des bouts d'obscurité et des voiles de nuit dans chacune de ses vagues, dans chacun des motifs entrevus dans leurs dentelles d'écume.

On sent leur présence sans vraiment les chercher, frappant à tous les sous-sols présents dans les têtes.

 

Dès le matin, dès la première lumière, la surface et sa brillance accumulée laissent présager le moment où elle va se déchirer, où la poussée du fond imposera ses soulèvements et ses ruptures.

 

Alors j'interroge sans véritable question.

L'esprit vide me guide vers cette pince noire qui se joue de l'immense.

Elle me saisit, souffle sans tarder sur des braises ravivées de l'enfance, fait gonfler une angoisse orageuse ancienne.

Le noir éclot et surgit seul, debout dans la dilatation retrouvée des yeux et les vibrations de la peau. Il est le point focal de la respiration d'un noyé.

L'enfance, la mer, mouvances sans frontière des émotions pleines à ras bord, angoisses grasses et écumantes.

Je suis toujours enfant face à la mer, ses grandeurs d'aventures et de craintes, de désirs et de désillusions, le glissement venté des frissons de surface et la perte de tout parmi des fonds sans nom. La mer devenue obscure m'est surtout enfance replongée dans le noir profond, la perdition crochetée par l'angoisse.

(...)

(...)

Horizons embarqués
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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

Horizons embarqués

Août, Golfe de Gascogne

Ouvrages ouverts nous devenons la mer, son écho effeuillé aussitôt qu'inventé, sans réelle présence, une renaissance forgée par les ondes et la lumière avalée.

Nous apprenons nous-mêmes dans les traits des rayons la transparence tremblée, jamais désaltérée.

Septembre, Manche

D'une marée à l'autre, les êtres ondulants comme le sont les hommes bâtisseurs de miroirs, déchirent là leurs ombres, la recréent sans la voir.

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Horizons embarqués

23 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

Horizons embarqués

Septembre, Manche

Au fond, un concentré de mer, le repli de l'eau amoureuse, la pose maintenant tranquille de ses multiples bras et la moue silencieuse de sa grande bouche refermée sur ses accents salés.

Un homme est tombé là, envahi de peur et de silence, enchaîné au triangle d'amour, de mer et de mort. Un homme perdu par les grandes eaux qui trépignent et s'engouffrent.

La mer, toujours amante en hautes vagues d'humeur, a l'hommage passionné et barbare.

(...)

(...)

A présent Homme-algue au profil habilement pétri et longuement bercé, tu seras déposé sur la douceur claire du rivage pour le rappel vital de nos origines marines, pour qu'on sache, au delà de l'oubli et de l'orgueil, la toute puissance de l'abysse créateur et de son amour dévorant.

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Horizons embarqués

20 Avril 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Horizons embarqués

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Equus, l'esprit de corps

12 Février 2026 , Rédigé par jean-louis bec Publié dans #Equus, l'esprit de corps

La série Equus, l'esprit de corps appartient au quatrième groupe. Ce groupe aborde l'apparition symbolique et la nature de l'animal. Ainsi, en jouant sur la mise en avant des matières et des structures, se crée une dérive qui partant de la robe des chevaux, du poil, du crin, aboutit à leurs traits, leurs expressions, tout en passant par la présence et la découverte du corps.

Pour avoir plus de détails sur la démarche mise en oeuvre dans ce blog se reporter à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.

 

La série Equus, l'esprit de corps est intégralement publiée sous forme de carnet 25x20cm, 40p, 29 photographies, texte d'introduction, 15 euros. Edition limitée, chaque ouvrage est numéroté.

Vous pouvez le commander en me contactant à l'adresse mail jlbec@orange.fr ou par les messageries de FaceBook (compte Jean-Louis Bec) ou d'Instagram (compte @becjeanlouis).

 

Equus, l'esprit de corps (extraits du texte et de la série photographique)

Ce sont parfois les doigts qui jouent les révélateurs avec le plus de force. Dans une exploration que chacun d'eux mène presque seul, faussement détaché des autres. Chacun se faufile parmi le crin, creuse, noue, approche le tendre de la peau et gratte, caresse, explore le doux et le rêche des matières, un point après l'autre, avec une application joueuse jamais épuisée.

La main, elle, une fois rassemblée, se glisse et se love à son tour dans le chaud des crinières, fouille le gîte tel un museau désordonné, cherche de tous ses membres maintenant étirés.

S'il lui arrive de se fermer, repliée sur sa douceur, de paraître s'assoupir un peu, satisfaite, elle vole aussitôt avec éclat vers de nouvelles débauches de rotations, de reptations, les doigts soudés et rapides mais ne se pressant pas, appliqués mais tout en dilettante heureuse.

La main, cet animal fouilleur de peau et de poils roule et se roule au coeur des crinières, y dépose ses marques, ses empreintes, parcelles de tendresse brute, mines sensuelles, creusé flou d'un itinéraire de songes.

 

A ne considérer que le tactile, que la source de ces sensations franches ou subtiles, à glisser ainsi la main sur les pentes des encolures, le cheval devient vite une île envoutante, le pays imaginaire d'une vaste respiration ; le lieu où un ensemble de forêts denses ou de maquis s'étire vers le grand espace du dos, les grandes hauteurs des jambes, des horizons façonnés pour l'exploration et la découverte. Avec en filigrane l'expression d'un intime précieusement caché, juste là, sous la peau.

Car il se trouve dans les profondeurs organiques des tissus palpitants, un jeu de passe-passe où dansent une vie pleine et des germes de mort, où se côtoient dans la tendresse et la sauvagerie la gravité de la tombe et la puissance d'un ventre qui sait faire germer.

La main appelle cela, laisse venir, recueille les effleurements de la puissance, la force qui se musèle, la force qui s'ébroue, les gouttes de fragilité, le soyeux de l'affection.

La main. Sa peau, momentanément unie à celle du cheval, signe dans la chaleur d'une fusion organique et primitive le retour à l'animal informe, vivace et sensuel des premières tentatives de la Création.

 

J'hésite à faire un pas en arrière.

Un pas et cet édifice tactile s'effondrera. Un pas et se fragmentera la cohérence de cet univers.

De fait, une fois accompli, des continents dérivent en masse devant mes yeux. Dans le miroir de la robe, les muscles frémissent, s'agitent, se déroulent, décontractés où bien semblent se garder l'un l'autre, immobiles, dans une complicité d'organisme franc et solide.

Pour le paysage intimiste de la peau et du crin, ce recul provoque un chaos, une avalanche où s'engloutit la délicatesse de la surface pour une sortie en masse des profondeurs.

La présence de la chair, sa masse musclée, fuselée, efface, s'impose, rejette la main, capture le regard.

Des parties d'animal apparaissent, des fragments orchestrés sur un terrain où se déploie l'énergie franche, l'effort retenu, l'incarnation de la souplesse. Des ébauches de corps ondulent face à moi en ondes où résonnent mes coups d'œil.

Je note cette vie galopante qui les anime. Un ventre ou une croupe, un col ou un dos, autant de pistes où glisser vers l'étrange de l'animal pur, les centres de la palpitation vivante.

Ces images, ces éléments de corps sont les mouvements en puissance de sa légèreté gracieuse. La courbe d'un cou, le délié ruisselant d'une crinière, la suspension d'un sabot en attente ou l'élan qui affleure dans un pas,  sont des résonnances bien vivantes d'un tout où se rassemble l'esprit fécond de la Terre.

Bouts d'animal en transit d'images, je vous regarde et vous garde en tête, séparés, assemblés dans une vision créatrice où se retrouvent les hésitations millénaires des forces du vivant.

 

Un pas encore.

Cette fois il est fait parallèlement au corps, en suivant la logique montante du cou. Mon regard, posé sur la piste douce du chanfrein, distingue l'œil, les naseaux, la bouche secouée par une mâchoire parfois un peu trop sur les dents.

Je vois et il me voit, nous nous regardons, vision réciproque dans le miroir en rotation de l'œil.

Quand la tête s'anime, elle complète le cheval et le finit en quelque sorte ; elle clôture le corps d'une image de caractère, parle de lui, le raconte.

Une description du sous-jacent, de ce qui normalement bascule rapidement vers le non visible, le non lisible, une vue de l'intérieur, sorte de tremblement sensible adressé au sensible.

Je devine dans le penchant du cou, dans le relèvement de la tête, le clignement de l'oeil, la fibre  émotionnelle qui s'agite sur son axe, un profond qui remonte, relâche son apnée.

Je sens dans ces postures, dans ces jeux de corps qui se libèrent, la présence du curieux, du tendre, du rieur, du timide, du méfiant et du coléreux aussi.

Chaque trait se tient là, en équilibre, dressé sur un bout de regard, une crispation de paupière, un frémissement de lèvre. Et tour à tour ils défilent, s'estompent ou s'intensifient, jusqu'à se bousculer parfois dans un chevauchement de mimiques discrètes qui résonnent comme autant d'indices du langage de l'hésitation ou de la certitude.

Petit à petit s'établit entre mes yeux, son oeil, ses yeux cette cohorte de flux où hésite, tremble et se détend l'approche amicale, la montée de l'entente, la recherche poussée d'une rencontre, d'un contact, instant rare qui ponctue et rassemble la multitude de tentatives de nos gestes, un étonnement réciproque qui se prolonge dans un face à face constructeur.

Le cheval m'approche, me décrypte autant que je l'approche et le cerne de mots.

Nous sommes, ensemble, un tout harmonieux qui se boucle sur lui-même, s'intensifie en prenant du volume, s'élève dans sa propre chaleur.

 

Alors un pas encore.

Il fait un pas. En arrière. Un souffle chaud court sur mon visage. Une respiration m'envahit, me chuchote de l'herbe verte, des appels infinis de parfums voyageurs, un horizon balayé de grandes courses toutes droites.

Le discours animal joue et façonne, éclat après éclat, la lumière captée aux confins de son monde. Derrière mais aussi par dessus et autour des regards, chacun divague alors à l'instinct dans la nature de l'autre, chacun s'infiltre, se fond dans la nature de l'autre, chacun découvre pour se découvrir autre.

Une complicité qui se tresse de cris unis aux hennissements, de sueur versée dans la sueur, des tensions jumelles de nos muscles coordonnés, de l'ébauche concertée d'un seul animal pour deux, fier et grandiose, élevé hors de la terre sans aide et sans aile.

Je suis à moitié cheval maintenant et je suis sûr qu'il se sent à moitié homme, liés dans une même créature par une union indéfectible, un tourbillon d'air libre tourné vers la joie et la fierté de se sentir profondément complices. 

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