Sept vies et quelques unes
La série Sept vies et quelques unes est intégralement publiée sous forme de carnet 25x20cm, 32p, texte d'introduction sous forme de poème, 9 photographies accompagnées aussi de poèmes. Edition limitée. Voir la page Ouvrages (colonne de droite) pour avoir un aperçu de l'ouvrage.
Vous pouvez le commander en me contactant à l'adresse mail jlbec@orange.fr ou par les messageries de FaceBook (compte Jean-Louis Bec) ou d'Instagram (compte @becjeanlouis).
La série Sept vies et quelques unes appartient au quatrième groupe. Celui-ci aborde l'apparition et la nature de l'animal. Cette série traite succinctement des réactions émotionnelles du chat et des représentations qu'il inspire ou a inspiré auprès des humains.
Pour avoir une vision complète de la démarche suivie dans ce blog, se référer à la page DEMARCHE dans la colonne de droite.
Sept vies et quelques unes (extraits du texte et de la série photographique)
La douceur peut-être...
Les flux du pelage, la rondeur lisse du crâne, la fragilité suspendue qui pousse son corps en avant. La démarche tranquille, légère, qu'animent un regard serein, une attention bienveillante.
La douceur fut la première que je rencontrai ; une vibration sensorielle à chaleur de soleil, généreuse et complice, un appel de main quand ma main s'ouvre seule, laisse couler ses effleurements, se ressource de calme et d'amitié.
La douceur et le sommeil, lovés dans ses paupières closes, bercés d'instants allongés.
Car il y eut le sommeil aussi, vaste, un jardin comme le ciel, une étendue porteuse de flottements, d'images voyageuses, leurs fibres démêlées, recomposées soudain.
Liberté tissée sans entrave de quelques reflets d'œil.
Un nid d'où s'élever.
Et aussi le réveil, ses clignements de masque, l'étirement naissant dans un ancrage au sol. Un déroulement de lenteur ferme, une hauteur légère de bout de patte.
Le réveil et son abondance de roulements d'orbites, de balancements soyeux.
Un clignement de paupière, deux.
Un espace s'ouvre, une plage émerge habitée de puissance souple, joyeuse, d'un appétit lumineux.
S'esquisse alors l'univers langoureux, sensuel, des pas mesurés, appliqués, choisis dans l'harmonie parfaite. Le corps dans sa félinité se pare de délicatesse, d'allures étudiées, de poses sûres d'elles-mêmes.
Naît alors parfois un léger tremblement, la piste tangible d'une joie qui court en vagues légères.
Si on la devine jouant dans le pelage à rebrousse poil on anticipe sa croissance, le déploiement soudain de l'agilité des membres tournés vers le gain de l'espace, le franchissement même de toute gravité.
Tout semble courir avec bonheur à la suite d'un souffle amoureux, vers la blancheur éblouissante des nuits à venir.
Et puis vient encore cet instant où tout se retourne et se pend aux crocs, à la balade des griffes. L'horizon, ligne de mire d'un regard viseur, avec ses craquements sinistres embusqués dans le cœur des fourrés, son haleine meurtrière, ses sauts qui se referment pour se parer de mort, ses élans décidés qui foulent la pitié, ses fusions mortelles aux cris très primitifs.
Et puis la nuit toujours, ici sombre chasseresse et faim au long couteau.
Cette noirceur aussi parfois au-delà du pelage, construction intuitive, superstition anthropologique, théâtre de la crainte religieuse des Hommes pour ce corps félin sans âge, lié à la fièvre d'un grand secret, à un rythme d'athanor, à une langue obscure pétrie de sang et d'amour.
Un doigt de pensée, une poussière sacrée, une lumière savante, et tournent les murmures et les psaumes du bien comme du mal, s'élèvent des symboles aux racines profondes.
Des ailes et leur magie parlent d'étoiles vives, un soleil se roule dans le noir, et aux multiples portes, frappe un univers qui souhaite tout recommencer.
De loin, de près, je le contemple, le rejoins.
Le chat sur son socle zoologique, sur son socle mystique, coule dans mes veines, chants primitifs et actuels, sursaut de toutes fibres vives.
Mon cerveau se ferme d'une bulle prolixe, mémoire de sang, de gîte, de grandes fresques vibrantes. Un pouvoir distille ce présent, se roule sous ma peau, muscle saillant d'un esprit de vivant.
Je le sens et le souhaite, l'accueille puis le garde, fibre d'un bonheur primordial.
Je suis et le serai encore, cet animal haut dressé par la terre, ce souffle de premier être, cette juste force féline qui fait vivre avec âme sans éviter la mort.
Sept vies et quelques unes
Série en cours de publication...
il mûrit comme le sable
poudre
innocente la nuit
il mûrit comme les ailes
s’ouvrent
portent la fin des gestes
il mûrit comme la griffe
laisse
se couvre de fragile
il mûrit comme l’œil calme
luit
et abandonne aussi
le sommeil
le sommeil
magnifique lumière
des poses lentes
étirées à grands traits
créature dépouillée
de son poids sur le sol
le sommeil en berceau
repousse ses limites
l’effort dans le repos
son galop démiurge
son imprimé d’urgence
d'images frétillantes
des images qui volent se dérobent
s'emmêlent ou se déchirent
se conjuguent par tous les temps
pressées débordantes
fusion fusionnelle
enveloppantes jusque dans les profondeurs
corps de songes
corseté par ses axes
loi aiguë de la chasse
ouverture des pistes en rut
tendresse à la volée
glissements de panique
toute orientation néglige sa boussole
trace se boucle
vitesse enflammée
de vie comme de mort
telle la course d'un soleil taureau
sur fond noir minéral
Sept vies et quelques unes
j'observe l’amande
de ses douceurs légères
le noir s’est écarté
d’une lenteur sans plis
le corps porte une espérance
une étendue qu’un flottement maintient
en lui une caresse s’ouvre en partage
une autre attend son tour
le désir est sans masque
un esprit organique et tendre
une lumière ronde
à brillance d’un œil
s'instaure dans l'ébauche des mouvements
la plastique sensible
d’un corps déployé
en tout sens
dans tous les sens
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